La question de la pédagogie idéale agite depuis longtemps le monde de l’éducation. Face aux défis du XXIe siècle, la pédagogie traditionnelle se retrouve catégorisée “d’ancienne” et “révolus”, considéré par beaucoup d’inadapté face à des élèves trimballant des bagages contraignant leurs apprentissages.
Exemple de pédagogie Active /PHOTO LIBRE DE DROIT (PEXELS – Yan Krukau)
L’éducation se transforme et se veut innovante, entrainant de multiples réformes, mais une méthode (pas si nouvelle) ressort en particulier, la méthode active. Loin d’être une simple méthode pédagogique, la pédagogie active est un mouvement qui regroupe une multitude d’approches alternatives, toutes partageant une philosophie commune : l’étudiant n’est plus un réceptacle passif du savoir, mais un acteur à part entière de son apprentissage. Mais pour mieux comprendre sa différence avec la pédagogie traditionnelle et ce qu’elle en est, il nous faut remonter aux origines de la méthode traditionnelle et de la méthode active, mais surtout ce qu’est la pédagogie.
Comment définit-on la pédagogie ?
À l’origine, le terme “pédagogie” provient du grec ancien, où “paidos” signifie « enfant » et « gogia » désigne « conduire, mener, élever« . C’est Socrate, grand philosophe grec du Vᵉ siècle av. J.-C., qui est considéré comme précurseur de la pédagogie, en raison de ses méthodes d’enseignement novatrices pour l’époque et de son approche philosophique de l’éducateur, tant par la Maïeutique (méthode d’enseignement basée sur le questionnement et la discussion) ou encore l’accent qu’il mettait sur l’importance de la connaissance de soi et de l’examen de conscience dans le processus créatif.
On raconte que dans l’Antiquité grecque, ce vocabulaire désignait celui ou celle qui accompagnait les enfants à l’école pour les protéger des mauvaises rencontres, s’agissant généralement d’un esclave. Cette idée illustre alors la conception initiale de la pédagogie, comme l’art de guider les enfants vers le savoir.
Mais c’est au tournant du XIXe siècle, qu’une volonté de conférer un statut scientifique à la pédagogie s’est manifesté, en cherchant à la définir comme une discipline académique, fournissant des méthodes éducatives précises, mais malheureusement, cette quête ne s’est pas concrétisé en une discipline unique et unifié.
Ce n’est que maintenant qu’on parle de “sciences de l’éducation”, désignant un ensemble de disciplines distinctes, mais complémentaires, se définissant comme une “théorie pratique”, combinant à al fois la réflexion et l’action éducative.
Mais que dit l’histoire sur la méthode traditionnelle et la méthode active ?
Histoire de la pédagogie traditionnelle :
L’éducation traditionnelle à des racines bien anciennes, remontant à l’Antiquité, où les premiers systèmes formalisés ont été mis en place. Ces systèmes étaient basés sur la transmission de connaissances par un maître aux élèves, enseignant généralement de la philosophie et de la religion. Cette méthode a été perpétuée au fil du monde, comme au Moyen Âge, avec l’Église catholique ayant pris le contrôle de l’éducation, renforçant le côté traditionnel avec l’enseignement de la Bible et des textes religieux pour les chrétiens les plus fidèles et instruits.
L’éducation traditionnelle telle qu’on la connait aujourd’hui, a pris sa dominance au XIXe siècle, avec la montée des États-nations et de la révolution industrielle, que de nombreux pays ont instauré l’éducation obligatoire, établissant des systèmes d’éducation nationale dans le but de former un citoyen éduqué ; système inspiré de l’éducation traditionnel mis en place auparavant. Cette éducation est caractérisée par un modèle d’enseignement magistral, où l’enseignant est considéré comme transmetteur de savoir, d’autorité suprême en matière de connaissances. Les élèves ont une place passive dans l’apprentissage, ayant l’unique rôle d’écouter et d’apprendre.
Les méthodes pédagogiques sont multiples dans cet enseignement, mais limitées : cours magistraux, lectures, exercices individuels ou collectifs. L’objectif est clair : l’acquisition de connaissances.
Et la pédagogie active ?
La pédagogie active, de son côté, a émergé au XIXe siècle, avec les travaux de pédagogues tels que Jacques Rousseau, Friedrich Fröbe ou Johann Heinrich Pestalozzi. Fröbe et Pestalozzi se sont inspirés des idées novatrices de Rousseau, notamment dans l’ouvrage “Émile ou De l’éducation” afin de fonder une pédagogie nouvelle centrée sur l’éducation par l’expérience et les besoins et désirs de l’enfant.
Par la suite, au XXe siècle, l’éducation active à connu un développement important, avec les idées de pédagogues tels que Célestin Freinet, Maria Montessori et Ovide Decroly qui ont plaidé pour une approche de l’éducation qui place l’enfant au centre du processus d’apprentissage. L’émergence de nouvelles méthodes pédagogiques, telles que l’apprentissage par projet, par problèmes et collaboratif, favorise la pensée critique, la créativité et la résolution des problèmes en encourageant activement à appliquer la théorie dans les situations pratiques.
Quelles sont les différences ?
L’éducation active se place et se veut à l’opposé de la pédagogie traditionnelle, en incluant l’élève dans son apprentissage, le rendant acteur et mettant l’enseignant en tant que facilitateur, en accompagnant les élèves dans leur apprentissage.
Les méthodes employées telles que les discussions, les travaux de groupe et les projets sont là pour inciter l’élève à être actif dans son éducation, à poser des questions et participer aux débats ainsi qu’à le rendre autonome dans son travail en tant qu’individu. Contrairement à l’éducation traditionnelle, l’objectif de cette méthode est de développer la réflexion, la confiance en soi, la motivation et l’autonomie en mettant l’accent sur l’apprenant et non sur le résultat attendu.
En quoi la méthode active est-elle intéressante ?
Les élèves devenant acteur de leur apprentissage, les leçons deviennent stimulantes et motivantes. L’enseignement actif rompt avec la monotonie des cours magistraux et des exercices répétitifs. En s’appuyant sur des projets, des jeux, des simulations, des débats et d’autres activités dynamiques, il suscite l’intérêt et la curiosité des élèves, les poussant à s’investir pleinement dans leur apprentissage.
Elle favorise également de développement de compétences transversales, en encourageant l’autonomie et la responsabilité et stimulant la réflexion, l’analyse et la pensée critique à travers d’activités, mais aussi le développement personnel. A contrario de l’éducation traditionnelle, cette pédagogie encourage le vivre ensemble et le travail de groupe, avec l’apprentissage par la résolution de problèmes ou production complète.
Nathalie rétif, éducatrice de jeunes enfants et directrice de crèche, écrivait dans son livre “la pédagogie active à la crèche”, que la méthode active est nécessaire pour “pour arrêter de mettre nos enfants dans des cases – étriquées parfois -, et cesser de les mettre en difficulté parce que nous ne sommes pas capables de nous adapter aux différents fonctionnements cérébraux des enfants« . Il ne s’agit alors de laisser à l’apprenant le temps de s’engager dans une activité, une démarche, une réflexion et surmonter les obstacles par eux-mêmes, avec l’aide ou non d’un camarade ou un enseignement, sans réprimandes.
Mais cette pédagogie n’est pas réservée qu’aux plus jeunes, mais également aux adultes.
Le psychologue Roger Mucchielli s’est intéressé à ce sujet, dès 1972, dans son ouvrage “Les méthodes actives dans la pédagogie des adultes”, mettant en avant l’importance de l’implication active des apprenants dans le processus d’apprentissage, soulignant que l’adulte est un acteur capable de prendre en charge son propre apprentissage.
Mais également que la répartition d’âge étant plus importante, il peut exister plusieurs points de vue et avec l’âge, chacun a adopté sa propre méthode d’apprentissage. Il peut s’avérer judicieux en tant que formateur de prendre en compte les différents styles d’apprentissage en utilisant différentes méthodes et actions, proposé dans la méthode active.
Il suggérait qu’il est déjà temps, non seulement « d’apprendre à apprendre, mais surtout d’apprendre à devenir« .
Que ce soit pour les enfants ou pour les adultes, l’apprentissage actif constitue une approche pédagogique innovante, changeant des carcans de l’éducation traditionnelle et permettrait d’intégrer activement les élèves ne correspondant pas au moule de la société.

